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"Ça marche !" ou le leurre de la boucle rétro-narrative

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Voici l'histoire d'une méthode qui marche toujours, tellement bien qu'elle ne marche plus. Votre organisation est devenue proof-proof . Dans l'entreprise MEZZOCORP, on sait que l' entretien de recadrage est efficace avec les bons salariés. On sait aussi que les entretiens d'écoute ne sont qu'une perte de temps avec les mauvais éléments. Le jeune manager Mike est ennuyé depuis quelques semaines par le salarié Sylvain. Mike sait qu'il a le choix entre un temps d'écoute et un entretien de recadrage. Il réfléchit. Si son recadrage fonctionne, Sylvain corrigera son comportement. Si cela échoue, Sylvain n'est peut-être pas un si bon salarié. Lui aussi fait des erreurs. Son départ, d'une manière ou d'une autre, ne remettra pas en cause sa légitimité. Mike pense aussi à l'entretien d'écoute, sur lequel il a été formé récemment. Si Sylvain corrige son comportement, cela confirmera qu'il aurait de toute façon corrigé le tir. Sinon, Mik...

Managers de proximité : le sacrifice indicible pour sauver l’illusion organisationnelle

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Pourquoi l'épuisement des managers n'est pas un accident,  mais le carburant caché du fonctionnement de nombreuses organisations. Un article du Point du 15 décembre 2025 décrit une situation devenue tristement familière : les managers de proximité sont au cœur du système, mais seuls face à tout. Épuisement, isolement, tentation de quitter le rôle, atteinte à la santé mentale. Rien de nouveau. Et c’est précisément cela qui doit interroger. Si cette situation dure depuis si longtemps, ce n’est pas parce qu’elle serait accidentelle, mais structurelle. Elle tient à un mécanisme profond, rarement nommé : la manière dont l’organisation délègue des responsabilités sans jamais déléguer ou former à l’autorité qui devraient aller avec. L’illusion que leur sacrifice entretient Le manager de proximité est placé dans une position paradoxale.  Il est responsable, mais rarement pleinement légitime ou légitimé. Il doit assumer, mais sans toujours pouvoir arbitrer. Il doit incarner la directi...

Amour, désir et liaisons au travail : la carte du leader

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L’amour au travail n’est pas un accident. C’est une conséquence logique d’un monde où nous passons l’essentiel de notre vie sociale et de notre estime au bureau. Cette analyse n'a pas pour objet ou pour but de promouvoir ou de condamner moralement ces dynamiques, mais de les observer comme un fait systémique. Pour un leader, cette réalité dépasse la simple anecdote : elle constitue l’un des tests les plus concrets de son autorité et de la solidité de l'organisation qu'il guide. Et pour le comprendre, une vieille idée politique peut nous éclairer. Au Moyen Âge, les théoriciens du pouvoir ont forgé le concept, développé par  Ernst Kantorowicz,  des « deux corps du roi ». Le souverain incarnait à la fois : • un corps physique, mortel, sujet aux passions et aux faiblesses ; • un corps institutionnel, éternel, symbole de la fonction, de la loi et de l’ordre. Son devoir suprême était de ne jamais laisser l'un compromettre l'autre. Aujourd’hui, tout leader, tout membre d...

MATRICE ESPACE-TEMPS : DANS QUEL CHAMP VOTRE ORGANISATION VIT-ELLE ?

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Toute action quelconque s'inscrit naturellement dans l'espace et le temps.   La manière dont une personne, une organisation ou une stratégie conçoit et habite ces deux dimensions devient sa signature existentielle, la clé de sa puissance et de ses vulnérabilités. De nombreux échecs organisationnels sont analysés comme des défauts d’exécution : un plan imparfait, des moyens insuffisants, un manque d’engagement. Cette lecture est rassurante, mais souvent fausse. Car bien des organisations n’échouent pas parce qu’elles agissent mal, mais parce qu’elles n' agissent pas dans le bon champ de réalité . Les dirigeants mobilisent des compétences pertinentes, prennent des décisions courageuses, déploient des efforts réels… mais sur un terrain qui n’est pas celui où le problème se joue.  L’erreur n’est alors ni tactique ni opérationnelle : elle est stratégique, voire  ontologique . Elle tient à une méconnaissance du monde dans lequel l’organisation croit agir. La manière dont elle l...

"Que regardez-vous d’abord chez un chef ? Son N°2."

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Le N°2 n’est pas un poste. C’est un révélateur. Et il dit toujours quelque chose d’essentiel du leadership du N°1. Quand on évalue un chef, on regarde presque toujours la même chose : sa personnalité, son charisme, sa capacité à décider, son expertise, parfois ses résultats. On observe ce qu’il fait, ce qu’il impose, ce qu’il maîtrise. Beaucoup plus rarement, on regarde ce qu’il produit autour de lui. Et pourtant, s’il ne fallait observer qu’une seule chose pour comprendre la nature profonde d’un leadership, ce serait celle-ci : son N°2. Le N°2 réel n’est pas celui de l’organigramme On peut nommer un adjoint.  On peut attribuer des délégations.  On peut créer un poste de “numéro deux”. Mais un véritable N°2 ne se décrète pas. Il apparaît lorsqu’une personne commence, dans la réalité du travail : à agir au-delà de sa fiche de poste, à porter des enjeux plus larges que son périmètre, à assumer des conséquences qui ne lui ont pas été explicitement confiées, et à devenir un point ...